Neige
Depuis plusieurs jours l’hiver est là, bien là ! Il a enveloppé le jardin de son froid, et l’herbe crisse sous mes pas lourds. Les arbres protègent leurs bourgeons.
Et le mistral ne nous a pas oubliés. Il tord les branches, se faufile dans tous les interstices, pénètre par les joints des fenêtres. BRR, il ouvre sa grande bouche, gonfle ses joues et souffle, souffle et nous glace jusqu’à la moelle.
Dans mon cabinet, le radiateur apporte un peu de chaleur avec peine. Je reçois des petites ombres entortillées dans les manteaux, la tête cachée par des bonnets, écharpes et chapeaux. Seuls les yeux apparaissent, yeux rieurs, yeux songeurs, yeux tristes. Par couches, les patients se dévoilent. La bouche d’abord, puis le corps qui s’étend avec plaisir sur le coussin chauffant. Détente, chaleur, bien-être.
Monsieur le Mistral peut bien souffler, s’époumoner, vider sa colère en tornades rugissantes, nous sommes au calme, dans un nid douillet.
Puis les fantômes furtifs affrontent de nouveau la tempête, et par la porte qui s’ouvre quelques instants, une bourrasque glaciale se permet d’entrer sans mon avis. Vite, fermer tout. Il fait nuit déjà et l’obscurité ajoute au mystère.
Je reviens à la maison, et le temps de trouver la serrure, je me sens frigorifiée. Le poêle rassurant ronronne mais je grelotte.
Enveloppée dans un grand châle en laine au coin du feu, je déguste une soupe réconfortante. Il ne me reste qu’à confectionner du pain d’épices pour ressembler à la vieille Dame Tartine. L’élégance reviendra avec les beaux jours !
Une grosse bûche pour la nuit. Et ma bouillotte m’accueille. Sous la couette, je me blottis avec délice. Un livre passionnant, une musique douce, un instant privilégié de méditation.
Tu peux bien t’agiter Monsieur le Vent, tant pis. Je suis bien. Mais …… je n’entends plus rien. Dehors, tout est silencieux, tout est calme. Trop calme.
Il neige…..