Lettre à mon fils, l'Homme

Publié le par Marie et Eve

Lettre à mon fils, l'Homme

Mon petit,

Peut-être trouves-tu ma familiarité un peu déplacée. Cela fait bien longtemps que tu ne me parles plus. Bien sûr, tu as maintenant quelques milliers d’années et tu deviens un adulte.
Enfant déjà, tu étais indépendant, espiègle, curieux. Tu voulais tout savoir, tout explorer. Et tu n’as eu de cesse dans ta jeunesse de découvrir tout ce qu’il y avait autour de toi. Tu étais bien maladroit, et tu piétinais les fleurs qui poussaient sur ta route. Quelquefois, tu les arrachais lorsqu’elles te gênaient.
Et lorsque tu es devenu adolescent, ta révolte à mon égard s’est amplifiée. Tu n’as pas supporté toute la fratrie que j’ai engendrée, tes frères les animaux et tes sœurs les plantes. Jaloux, tu souhaitais être le seul dans mon cœur. Alors, tu n’as pas hésité à tuer sans aucune pitié les ours et les éléphants, à salir la campagne, à puiser sans vergogne dans mes entrailles, à couper les fleurs qui nourrissent tes petites sœurs les abeilles, à détruire les forêts, à fumer avec tes grosses cheminées qui abîment chaque jour un peu plus mes poumons, à déverser des produits qui pénètrent au plus profond de mes racines et m’empoisonnent  mais qui te font tellement de mal à toi aussi mon enfant.

Lettre à mon fils, l'Homme

Voyons, mon petit, crois-tu que je n’ai pas de peine devant ton attitude irréfléchie ?  Il est temps que tu grandisses et que tu réalises les dégâts de ton inconséquence… Cette inconséquence qui me met en danger, mais qui te tue toi aussi comme une maladie sournoise et silencieuse …
Alors,  je passe outre tes siècles de bouderie et ta colère. Il faut que nous reprenions un dialogue serein et je suis prête à me faire entendre. Rappelle-toi que tu es mon enfant, pas mon maître. Tu as refusé de m’écouter et pourtant j’ai haussé le ton depuis plusieurs années : ouragans, tsunamis, tempêtes, inondations, incendies… Et à chaque fois tu m’accuses sans aller plus loin dans ta réflexion, sans te remettre en question… Je me réchauffe, mais c’est la colère en moi qui me fait bouillonner… Écoute-moi. Et regarde autour de toi, ce que tu as fait. Je t’ai offert un espace rempli de toutes les richesses du monde, de toutes les beautés possibles et imaginables, et par orgueil, vanité et appât du toujours plus, tu ne prends même plus le temps de les admirer, de les apprécier …

Lettre à mon fils, l'Homme

Si tu détruis tout, que restera-t-il à tes peintres et à tes poètes pour exprimer la beauté des paysages et leurs couleurs ? Si les oiseaux disparaissent, comment les musiciens pourront-ils  transcender leur chant en symphonie ? Si les rivières et les mers ne charrient plus que des déchets, comment pourras-tu te désaltérer ?  Et toi, comment pourras-tu continuer à vivre, à manger, à respirer ?
Et pourtant, je sais qu’au fond de toi, ta conscience te dicte de belles actions pour me protéger. Je vois des dizaines, des centaines, des milliers de personnes qui commencent à comprendre, à me respecter, à revenir aux essences de ce que je leur ai offert et appris.  Les choses changent, un nouveau jour se lève et l’aube est prometteuse. Mais  je suis impatiente car le temps presse, et le chemin me semble tellement long… Beaucoup de tes cellules agissent pour mon bien-être, moi qui suis une vieille dame.

J’y ai été un peu fort cette fois-ci, mais j’espère que l’épreuve que tu es en train de vivre créera en toi un élan de lucidité et que tu sauras réfléchir à ton avenir.

Lettre à mon fils, l'Homme

Je te voyais suffoquer, te débattre dans un équilibre précaire que tu croyais moderne et indispensable. Tu allais chercher bien loin les raisons de satisfaire tous tes caprices. Pourtant, juste à côté de chez toi tu as toutes les ressources et le savoir-faire nécessaire pour te sustenter, pour te faire plaisir, pour te distraire…Pourquoi chercher sans cesse, dans des ailleurs sans fin, ce qui pourrait te rendre heureux?  Prends enfin le temps de vivre, de savourer mille détails qui t’entourent, de déguster chaque seconde, chaque respiration, comme des biens précieux, comme des cadeaux que je t’offre sans compter.

Mon petit, laisse-moi y croire. Je rêve que tu puisses ouvrir tes yeux, ton esprit et ton cœur. Je rêve que tu aies le courage de surmonter toutes tes peurs.
J’aimerais tant te voir fouler à nouveau mes prairies en fleurs en chantant à tue-tête et en dansant avec les papillons. Je souhaiterais tellement t’entendre rire et répondre aux mésanges…
Je m’imagine déjà cette nouvelle complicité entre nous. Nous serions si bien, comme lorsque tu étais un enfant innocent qui se blottissait contre moi et qui aimait tant gravir mes montagnes et courir dans mes déserts, te reposer dans mes forêts et boire l’eau de mes rivières.

Mon petit, si je t’écris aujourd’hui, c’est avant tout pour te dire que je t’aime, sans condition. Et que cet amour nous sauvera tous les deux, je crois en toi, j’espère en toi. Donne-moi  aussi un peu d’amour.

Ta maman, la Terre

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« Nous croyons regarder la nature et c’est la nature qui nous regarde et nous imprègne »

Christian Charrière.

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