Gros câlins

Publié le par Eve

Gros câlins

La poupée est bien triste dans son coin. Elle est assise par terre, sa cape bleue posée sur ses genoux, sa robe rouge à pois blancs sagement boutonnée dans le dos. Ses petites couettes jaunes sont bien coiffées .Elle pousse un long soupir.
« Cela fait des semaines que j’attends d’être promenée. La petite Lili m’a abandonnée sans avoir le temps de mettre mon manteau pour m’emmener au jardin. »

Gros câlins

Près d’elle, un terrible dinosaure vert et jaune renchérit :
« Je peste souvent lorsque Juju me jette sans ménagement, qu’il m’attrape par ma queue fragile, me secoue, et me met les doigts dans les yeux, ou qu’il me trimballe enfermé dans un sac. Mais maintenant je m’ennuie. »

Gros câlins

Une voiture de sport bleue électrique aux roues cloutées continue les doléances en clignant de ses gros phares rouges :
« Les enfants ne sont pas toujours gentils, c’est vrai. Mais ils nous manquent. Il y  a longtemps qu’ils ne sont pas venus jouer avec nous. Et ils sont repartis si vite lors de leur dernière visite !… »

Gros câlins

Sur le lit défait, le clown multicolore semble pensif, et secoue la tête. La poupée l’interpelle.
« Qu’en penses-tu ? »

« Vous avez raison. Nous étions bien avec eux, et d’un coup, plus personne, et je ne comprends pas pourquoi ils nous ont quittés si brusquement un matin. Leurs parents semblaient tellement pressés  de rentrer dans leur appartement. Ils criaient, vite, vite, on doit être à la maison avant midi.»

Gros câlins

«  D’habitude ils dorment dans la chambre. Je n’en peux plus, j’ai besoin d’un gros câlin. Nous ne pouvons pas rester ainsi à patienter. »
L’ours brun est de son avis.

« Mais que pouvons-nous faire ? »
Le clown a une idée :
« Je vais jongler avec mes balles et les lancer loin, très loin pour qu’elles arrivent là-bas, chez eux. »
Le vieil ours blanc est un peu dubitatif, il faudrait que le clown soit très costaud et adroit, et ses balles roulent toujours par terre…
« Envoyons-leur plutôt les jolis papillons bleus. Eux,  ils savent bien voler et ils iront leur expliquer que papi et mamie ont trop de chagrin depuis leur départ… »

Gros câlins

Dans le salon, on  n’entend plus de bruit… Les grands-parents ne rient plus comme avant. Papi lit le journal, fait des mots croisés. Et le matin, il ne sort que très rarement faire les courses. Le soir, la télévision n’apporte pas des bonnes nouvelles, et ils ont renoncé à regarder les informations.
Mamie a terminé  le chandail bleu avec des rayures qu’elle tricotait pour Juju, et le gilet rouge pour Lili. Elle n’a plus de laine, et surtout elle n’en a plus envie… A quoi bon ! Elle ne sait pas quand le bonheur reviendra.

Bien sûr, ils tentent de se raisonner et ils savent que cette situation ne durera pas éternellement. Un jour, les visites seront de nouveau possibles, ainsi que les voyages. Mais quand ? Dans le jardin, les fraises sont mûres, et les cerises seront bientôt rouges…

L’ours brun décide de prendre les choses en main.
« Imaginons  plein de petits cœurs, je les fais pousser, je les arrose, et hop  ils s’en iront dans les airs. Les enfants comprendront que nous avons tous besoin de leurs bisous. »

Aussitôt, tous les jouets se mettent à l’œuvre pour conjuguer leurs pensées, et envoyer de la tendresse par-dessus les montagnes jusqu’à la grande ville où vivent les enfants.

Gros câlins

Épuisés par tant d’efforts, ils s’endorment profondément sur le tapis au centre de la chambre…
Un tapage inhabituel les tire de leur sommeil quelques jours plus tard. La télévision est de nouveau allumée, et pourtant ce n’est pas le soir. Et une discussion mouvementée  s’engage… Papi et mamie se disputeraient-ils ?  Oh, maintenant,  voilà la sonnerie du téléphone. La conversation est de courte durée, mais la maison s’anime à nouveau. L’aspirateur sort du placard, les casseroles s’entrechoquent. Que se passe-t-il donc ?

La porte de la chambre s’ouvre et mamie s’exclame :
« Mais que faites-vous là par terre ? Quel désordre ! Allez, allez, tous à votre place.
»
Elle tire la couette, attrape les oursons et les pose sur le couvre-lit, enfile la cape de la poupée, assied le clown sur l’étagère avec ses balles, range la voiture, les cubes et les livres, le dinosaure est dépoussiéré avec vigueur. »
Elle s’apprête à sortir de la pièce mais se retourne.

« Il faut que vous soyez tous beaux, les enfants reviennent ! »
Et vlan, elle ferme la porte avec énergie, un grand sourire aux lèvres.

« Nous avons réussi, ils ont reçu notre message d’amour. A nous les câlins et les bisous ! »

Merci à Virginie dont les dessins ont inspiré mon texte

Merci à Virginie dont les dessins ont inspiré mon texte

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Commenter cet article

Fanfan 03/06/2020 19:02

Trop mignon...

Marie 01/06/2020 14:04

Quelle belle histoire émouvante.. Et tellement proche de la réalité que nous avons vécue et que certains vivent encore... Merci pour ta belle écriture et un grand bravo aux dessins qui sont absolument magnifiques...