Une bonne bûche

Publié le par Eve

Une bonne bûche

Après un réveillon tout à fait diététique et léger, rien de tel qu’une petite bûche pour nous aider à digérer… Réalisée grâce à du bois en génoise roulée, de sève en crème au beurre, d’écorces de chocolat, de mousse et lichen en pâte d’amande, elle ressemble à un tronc d’arbre, mais en bien plus moelleux et digeste. Ces dernières années, certaines d’entre elles s’éloignent de la coutume, se modernisent, se glacent, se prennent pour des étoiles, se déclinent en parfums exotiques, tout est permis dans la fantaisie.
Nous sommes bien éloignés de l’origine de cette pâtisserie gourmande. Il faut dire qu’au Moyen-âge, les grands magasins et les supermarchés ne fleurissaient pas à chaque coin de rue…

Dans le nord de l’Europe, une tradition d’origine païenne existe alors depuis bien longtemps. Le solstice d’hiver, au 21 décembre marque l’arrivée de la période hivernale, froide et rude. Pour tenir les maisons au chaud, la provision de bois est renforcée. Afin de participer aux cérémonies rituelles, de grosses bûches sont coupées. Selon les régions et pays, il s’agit de Yule, de Ceppo, ou de Licht, Tréfeu. Il y a de quoi trouver à se chauffer autour des villages, les forêts sont encore denses et variées. D’ailleurs elles abritent de nombreuses sorcières (qui célèbrent le sabbat, la renaissance du dieu soleil), ainsi que des lutins, des gnomes, elfes et tout un petit peuple discret.

Une bonne bûche

Lorsque la bûche se consume lentement. Les maîtres et les domestiques, la famille, les proches, les voisins, grands et petits passent des heures conviviales autour de ce feu qui symbolise la chaleur et la lumière.

Une bonne bûche

Cette célébration fut reprise et « accommodée » par l’Église catholique au 12ème siècle, en la décalant à noël. Les bûches sont alors arrosées d’eau bénite et se consument du 24 décembre au soir jusqu’à l’épiphanie. Pas question de laisser le feu s’éteindre, et la famille se relaie régulièrement. Les jeunes filles de la famille sont choisies pour allumer la cheminée, grâce à des tisons gardés précieusement depuis le noël précédent.

Une bonne bûcheUne bonne bûche

Cette tradition s’étend alors dans tout le pays, avec des variantes. Souvent l’arbre est choisi par toute la famille, chacun donnant son avis. Les fruitiers sont alors les plus utilisés, surtout le merisier et le pommier, rois des vergers et symboles d’abondance. D’ailleurs, grâce à leur sacrifice, on s’assure une bonne récolte pour l’année à venir ! L’olivier et d’autres essences peuvent être également mis à l’honneur.
Mais pas question de scier le tronc n’importe quand. La délicate opération doit avoir lieu avant le lever du jour (ouf, en décembre l’astre est paresseux), et on le décore de feuillage, de houx, de mousse, avant de le ramener au logis, aidés ou non par les lutins (qui se sont sauvés en apercevant l’eau bénite !)  Pendant qu’il brûle, on l’asperge de vin (pour avoir de beaux raisins à l’automne), et on le saupoudre de sel (pour conjurer les mauvais sorts et éloigner les esprits). Dans certaines régions, on lui ajoute  de l’huile, du miel,  ou toute autre offrande, car c’est un geste sacré.

Une bonne bûche

Les cendres sont précieuses, elles peuvent être  dispersées sur les champs ou autour de la maison. Certains les gardent pour leurs vertus médicinales, et aussi car elles sont censées éloigner les serpents. Le tison protège de la foudre.
Au 19ème siècle, il devient délicat de faire brûler de grandes bûches dans les poêles, et surtout sur les radiateurs électriques dans les immeubles ! On pose alors une petite bûche ornée de végétation au centre de la table. Elle peut être garnie de biscuits, de friandises et de petits jouets.

Un pâtissier a alors l’idée de créer un gâteau. Personne n’est d’accord sur la paternité de cette recette. Est-elle née en Poitou vers 1870 avec un gâteau roulé ? Ou à Paris, dans une pâtisserie qui inventa la crème au beurre, à moins que ce ne soit en 1834 à l’Hôtel de ville?  Peut-être à Monaco en 1868 ? A Voiron en 1903 ?
Qu’importe, le succès fut rapide et tous rivalisèrent d’ingéniosité et de savoir-faire pour nous régaler.

Une bonne bûche

Et les petits lutins sont toujours là, ils ne courent plus les bois à notre époque (quoique rien n'est sûr) mais plongent avec malice dans la crème ….

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M
J'ai appris plein de choses, merci pour tout et vive les petits lutins :)
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E
Merci pour ce beau morceau d'histoire !
Bonne fin d'année ! Bisous à tous les 2
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