Patin Couffin
Deux hommes cheminent cahin-caha dans la large allée arborée. S’appuyant chacun sur une canne, ils avancent lentement tout en discutant vivement.
Plongée dans sa lecture, Margot lève le nez. Agacée, elle soupire. Adieu la tranquillité. Elle avait oublié que le mardi était jour de promenade pour ses voisins. Si au moins ils baissaient d’un ton pour se parler. Mais non, ils ont dû avaler un micro… A moins qu’ils ne soient devenus sourds avec l’âge. Surtout que leurs thèmes favoris doivent certainement tourner autour de la puissance des voitures, ou de leurs repas au restaurant, ou de la pêche ! Tiens, justement …
« Mais non, j’t’assure Charlot que j’en ai trop envie, moi, de pêche ! »
Voilà, elle en était sûre… Heureusement, ils ont le bon goût de s’éloigner un peu. Margot respire, et se replonge dans son livre de philosophie.
« Gus, cesse de m’appeler Charlot ! Tu sais que cela m’importune. »
« Pardon, Monsieur le Duc. Mais Charles-Alexandre c’est trop long. »
Et il s’affale sur le banc en bois à l’ombre. Son compère, lui, s’assied délicatement, le dos droit. Il réajuste son béret rouge qui a glissé.
« Je te répète qu’en mars, ce n’est pas encore la saison des pêches, ni des tomates. Nous devons patienter jusqu’en été. »
« Tu en as de bonnes, toi. Le toubib m’a ordonné de manger des fruits et des légumes pour ma santé. »
« Évidemment, après tes graves soucis. Il a bien raison, ton médecin. Je crains que tu ne te nourrisses d’une façon très déséquilibrée. »
Gus s’énerve.
« C’est ça, Môssieu. Dis tout de suite que bobonne cuisine mal. Bof, c’est pas faux en plus. Ce midi elle a fait du poulet. »
« Parfait. »
« Oui, mais avec des endives, beurk. »
« Donc, c’est toi qui refuses d’avaler ce qu’elle te prépare. »
« Elle avait qu’à me donner de bons légumes ! »
« Mais les endives sont délicieuses. »
« Mais non. Pourquoi pas des frites ? Hein ! »
« Parce que tu dois manger sans gras. »
Gus se redresse
« Ben moi, J’te dis que c’est beurk. Peut-être des petits pois encore ça passerait avec plein de crème ou de beurre. »
Charles-Alexandre s’impatiente.
« Tu n’as toujours pas compris que ce n’est pas le mois des jardinières ? »
Gus éclate de rire :
« Parce que les jardinières cuisinent elles aussi ? De vraies fées du logis … »
« Grrr….. »
« Et ta bonne femme, elle te fait quoi pour becter ? »
« Mon épouse est absente, elle a dû partir chez sa sœur. Mais en général, c’est moi qui prépare le repas à la maison. »
« Toi, tu fais la tambouille ? Ouah, trop fort. »
Charles-Alexandre se rengorge :
« Ce matin, j’ai concocté un gratin de patates douces avec des petits dés de carottes. Si tu le souhaites, je peux te donner quelques recettes. Par exemple un velouté de poireaux avec de la butternut. Alors, tu coupes la courge en rondelles… »
Gus manque de s’étrangler :
« De poireaux ? …. »
« Si tu préfères on peut essayer quelques blettes, j’en ai vu au marché. Ou des pousses d’épinard en salades avec des betteraves ? »
« Tu veux vraiment que je tombe malade ? Apporte-moi plutôt une bonne tarte aux abricots… Avec plein de chantilly…. »
Remarques :
Merci à Magali pour son idée d'article
Patin couffin : Cette expression est d'origine provençale. Le « patin » désignait une pantoufle ou un chiffon, et le « couffin », une corbeille ou même un couffin. À l'époque, les hommes utilisaient cette locution pour se moquer des femmes qui parlaient de choses peu intéressantes.
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