Doucement !

Publié le par Eve

Doucement !

Ce matin, je suis vraiment pressée. Le réveil sonne, mais j’avais tellement peur de ne pas l’entendre que je suis réveillée depuis des heures. Pourtant, j’ai sommeil et je me serais bien rendormie ...

Doucement !

Hop, je saute dans mes vêtements. Enfin, presque ! J’enfile mon pantalon devant-derrière et mon pull à l’envers. Bizarre, j’ai une chaussette bleue et une noire …Une tasse de thé ? Pas le temps. Je beurre une tartine qui se casse et se retourne sur la nappe.
Enfin, prête, je sors sur le palier. Et je m’aperçois que j’ai oublié mon sac à l’intérieur. J’entre à nouveau, ressors … Et reclaque la porte ! Un des voisins s’insurge.
« Doucement ! »
Confuse, je m’excuse… et dévale l’escalier avant de débouler dans la rue. Zut, je suis en retard. Mon train est à 8h et c’est dans 10 minutes. Je cours jusqu’à la gare, gênée par mon lourd bagage. En plus ce matin, le jour peine à se lever et il fait sombre encore.
Incroyable, le numéro du quai n’est pas encore affiché et c’est le moment du départ. Affolée, je m’adresse à un contrôleur qui semble dubitatif et irrité par mon débit, mes explications assez floues et saccadées.
« Doucement ! C’est tout simplement que les horaires ne sont quand même pas indiqués si tôt. »
Et il hausse les épaules et part contrôler des billets et donner des renseignements. Je ne me sens pas plus avancée. Mon regard anxieux scrute à nouveau le tableau et je tombe sur l’horloge … Il est 7h… Comment ça ?

Doucement !

Bon, il n’y a plus qu’à attendre patiemment en observant le va-et-vient des passants …Le train entre en gare, il y a peu de monde, je m’installe dans un wagon vide, je pourrai lire. Un jeune couple arrive avec des bagages, et un enfant en bas-âge.
Le paysage, magnifique, défile derrière la vitre. Je me concentre sur une revue avec un mot croisé. Le petit, subjugué par les bruits, ne bouge pas… Il regarde lui aussi les champs, le ciel. Puis joue avec des petits cubes qu’il empile sur le sol. Mais les vibrations le dérangent. Il se lève, tente de grimper sur la banquette. Puis il descend, monte, descend, monte…. Sa maman lui montre un livre, mais il le repousse. Il préfère lancer ses cubes. Son papa l’arrête gentiment.
« Doucement ! »
Mais le petit continue. Maman pose la main sur lui. L’enfant fronce le nez d’un air contrit puis son regard frise et vlan, il en balance deux dont l’un atterrit sur moi.
« Doucement ! »
Je ferme mon carnet. Inutile d’insister, il vaut mieux que je joue aussi. A mon tour, je construis une belle pyramide qui s’écroule lors d’un freinage. Je discute avec les parents qui sont adorables. Et d’ailleurs, ils habitent non loin de chez moi, nous pourrons nous revoir. Eux vont rendre visite à des cousins pendant le week-end. Je leur révèle que je vais chez une amie pour trois jours de vacances. Le trajet passe vite, nous voici arrivés.
Je dois retrouver mon amie Jojo dans le parc. Je l’aperçois vers la fontaine, sa chienne joue avec les enfants. Elle ne m’a pas encore vue, mais Fifi s’est arrêtée net, et elle galope vers moi en jappant.
« Doucement ! »
Mais c’est peine perdue. Fifi se dresse sur ses pattes et me fait fête… Mon pantalon blanc a de belles empreintes de boue !

Doucement !

Dans le parc, un groupe de sportifs s’entraine en cercle. Une animatrice les dirige d’une voix flûtée et l’exercice prend une allure de chorégraphie. Mais certains peinent et accélèrent le mouvement.
« Doucement ! Vous êtes comme une plume dans l’air… »

La journée est remplie de petites merveilles, promenade dans la campagne et le village. Jojo a prévu un délicieux pique-nique. Quel plaisir de d’être ensemble, de nous donner des nouvelles et de refaire le monde comme des ados… Le soir, nous choisissons de manger sur sa terrasse pour être au calme. Nous cuisinons une soupe de légumes que nous dégustons et continuant notre conversation…. Soudain interrompue par des grondements de tonnerre. Je me lève d’un bond pour attraper mon appareil photo.
« Doucement ! »  murmure Jojo
Le ciel est magique, un halo de lune dans une fourrure de félin.  Nous restons un long moment en apesanteur, souffle coupé par la beauté de l’univers. Quelques gouttes perlent et s’écrasent. Qu’importe !

Je m’assieds ….
En douceur !!

Doucement !
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