Père Kim !
Pendant les jours d’été, alanguis par la chaleur, nous prenons des moments de repos. Avez-vous remarqué que notre esprit s’évade facilement ? Soudain des images anciennes se substituent à l’actualité. Vacances lointaines ….
Une petite fille d’une dizaine d’années piaffe d’impatience. Elle a hâte d’arriver après ce long trajet en voiture. Enfin, ça y est, l’odeur iodée de la mer lui parvient par la vitre entrouverte de la 403 verte. Le camping des « Sables blancs » est devant elle. Les emplacements pour les campeurs sont réservés sous les arbres, en bordure de la plage, d’un côté de la presqu’île.
Il reste à monter la tente, attacher l’auvent déplier les sièges en tissu. Gonfler les matelas. Et installer la cuisine, le réchaud, le garde-manger. Puis enfoncer les piquets afin de pendre la « vache à eau » remplie au robinet.
Cette année, le confort est important, des toilettes ont été construites, un beau cabanon en bois à la place de la palissade en branchages pour abriter la planche en bois trouée…
Tous les amis se retrouvent au mois d’août. Quelques-uns ont même acheté une caravane, quel luxe !
Les journées sont bien occupées. Selon le bon vouloir des marées, il y a ramassage des coquillages ou construction d’un château de sable.
Les grands ados (les vieux d’au moins 13 ans …) préfèrent creuser une piscine et consolider les parois qui s’écroulent lorsque les vagues s’y infiltrent.
Quel plaisir d’avoir l’autorisation de se baigner alors que la pluie s’invite et de marcher le long de la plage en s’enfonçant dans le sable humide.
Les adultes quant eux se reposent sur leur chaise longue, papotent ou somnolent avant de se tremper dans l’eau.
Les parents organisent quelquefois une sortie afin de découvrir d’autres paysages. C’est une vraie expédition le long des bois, il faut même traverser la voie de chemin de fer avant d’atteindre la côte sauvage, une plage moins préservée du vent, où la mer est souvent bien agitée. Concours de saut dans les dunes, baignade dans les vagues avant un bon pique-nique tiré des sacs.
L’un des plus beaux jours de la semaine, c’est le dimanche et tous les enfants attendent sur la plage. Enfin, le son des grelots ! Le voilà !!! Le Père Kim avec sa longue chemise blanche, son chapeau mexicain, et ses bracelets de clochettes à la cheville qui s’agitent à chaque pas pour l’annoncer.
Et il chante en riant et en saluant les petits qui se bousculent autour de lui :
« Père Kim, Père Kim, coucou je suis là ! »
C’est difficile de lui donner un âge, son visage est buriné, ses cheveux cachés par le sombrero. Bien sûr nous le trouvons vieux… Ses yeux sont d’un bleu profond, presque turquoise, empreints de bonté.
Il pousse une petite carriole bariolée qui roule difficilement dans le sable jusqu’au pin qui l’abrite du soleil. Il ouvre avec précaution la caisse en bois remplie d’un bloc de glace retenant la fraicheur. Avec agilité et rapidité, il distribue des boules de glace à la fraise ou au chocolat qu’il pose sur un cornet tiré d’un carton. Contre quelques sous, les mômes agglutinés vers lui repartent en se régalant.
Il fait très attention à ce que chacun de nous soit servi avec un sourire, un mot gentil. Et il n’hésite pas à gronder les « grands dadais » qui prennent la place des plus jeunes qu’il console avec une caresse sur la joue. Puis il repart dans un bruit de grelots qui s’estompe peu à peu. A la semaine prochaine !
Mais un évènement se prépare. Les parents chuchotent et tiennent des conciliabules, ramassent du bois mort, cuisinent… Ils descendent des sièges sur la plage qu’ils disposent en un grand cercle. Puis au centre, ils empilent les branches. Il est tard déjà, nous n’avons pas mangé depuis le goûter. Les enfants sont conviés à s’asseoir sur le sable, les adultes prennent place. La pénombre nous enveloppe. Deux papas allument le feu qui crépite. Subjugués, nous reculons craintivement. Et on nous demande le silence pour regarder le ciel étoilé. Quand soudain, quelques notes de guitare nous parviennent. Un homme s’avance, il chante, gratte ses cordes. Un enchantement… Nous retenons notre souffle. C’est merveilleux. Sous les applaudissements, il vient nous rejoindre, s’installe au milieu de nous.
Et entame une autre chanson, puis encore une autre, les yeux mi-clos, avant de poser son instrument. C’est un bel homme. Un magnifique sourire, une crinière brune lui auréole le visage et des yeux, des yeux ! Bleu turquoise. Père Kim ! Les enfants l’ont reconnu et lui font la fête. Quelle soirée, on partage des gâteaux, du pain avec un morceau de chocolat en écoutant la mélodie de la guitare…
Nous n’avons jamais su qui était Père Kim… Un vagabond ? Ou l’instituteur de la petite école à la retraite ? Les bruits ont circulé, sans réponse. Et c’est mieux ainsi.
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